Petit conte de l’hiver, La grotte, l’abeille et l’escargot

Après 15 jours, me voilà Héraultaise pour quelques jours ?… quelques semaines ?… Nul ne le sait. Toujours est-il qu’une fois de plus … comme l’escargot porte sa maison sur son dos, me voilà portant, mes histoires en bandoulière, mon dé à coudre, mon aiguillée de fil et ma Cassoun’ – mon abri des contes et des histoires– sur mon dos.

A près de 800 m d’altitude, espérant pouvoir monter plus haut vers le temple Tibétain de Lérab Ling, c’est finalement sur le sentier enneigé du Cirque et de la grotte de Labeil que je me suis retrouvée cet après-midi à grimper. Là-haut, on oublie vite la douceur méditerranéenne… place au nord, à la neige, au brouillard et au grand vent !

Où se cachait l’abeille « Belle » ?… Dans son antre sans doute.

Alors ma Cassoun’ sur le dos, nous avons grimpé, vaille que vaille, cache-col et cache-nez, bien emmitouflée dans ma chaude pelisse, mitaines et bâtons en mains dans la tourmente. Un vent du diable soufflait dans les cimes hurlantes qui se balançaient sur ma tête. Un peu plus loin, sur la corniche, j’avais peine à me tenir debout… mais Dieu que c’était bon !

La forêt de L’Escandorgue m’a ensuite accueillie de ses multiples essences montagnardes : sapins, pins noirs d’Autriche, pins Douglas, épicéas, érables et hêtres. Le lierre semblait lui aussi peiner à ascensionner. Le lichen aérien et gracile tel un habit de fougères revêtait de son vert manteau mon ami le hêtre. De vieux buis dévorés l’été dernier par le terrible papillon se sont alors inclinés, sous leur voûte en berceau, je me suis glissée. C’est alors qu’une hellébore sauvage dite « Rose de Noël » m’a accueillie au sortir du sous-bois et m’a dit : « Viens, n’aie pas peur ! Il est temps de poser tes pas sur les miens dans cette blancheur immaculée et de me suivre là où ton chemin de vie te conduira ; mais comme l’escargot, ne cherche pas à presser le pas, calme tes impatiences… suis le, ce Patrovitt’ »

Lorsque je suis redescendue, le soleil couvrait la plaine herbeuse de ses doux rayons de miel blonds et chauds. Je suis sûre que l’abeille « Belle » et l’escargot « Patrovitt’ » y dormaient, attendant l’arrivée prochaine du printemps et d’un renouveau dans leur vie.

 

Petit conte de l’hiver, Ou comment La Cassoun’ porte sa maison sur son dos à la grotte de Labeil